La magie d'un cycle féminin
- Eglantine Soret-Goussiez
- 21 févr.
- 8 min de lecture
Il était une fois, une femme.
C'était une femme magique, car à l'intérieur d'elle, à l'intérieur de son corps, dans les entrailles de sa féminité, chaque mois se jouait un spectacle merveilleux, un ballet silencieux, un opéra puissant et discret à la fois. Chaque mois, la magie s'opérait,
silencieusement, régulièrement, discrètement, profondément. Un ballet qui se répétait chaque mois de manière si identique et si particulier à la fois. Comme si tout était pareil sans jamais l'être vraiment. Immuable cette magie du mouvement !
Cette magie se répétait chaque mois depuis déjà des dizaine d'années. Ce trésor qu'elle tenait dans son ventre, cette femme le tenait secret jusqu'au jour où une jeune fille insista pour savoir ce qu'était ce fameux trésor. La femme s'assit alors confortablement et se mit alors à lui conter l'éternel recommencement du cycle, l'éternelle manifestation de sa féminité.
Tout commençait ainsi.
Chaque mois, ou plutôt à chaque cycle de lune, c'est- à dire tous les 28 jours, du sang jaillit,
un flot léger et soutenu à la fois.
Chaque mois, l'utérus se défait de sa dentelle, pendant 3 à 5 jours, cette couverture qui a été élaborée, crée, enrichie par tout le corps pendant tous le cycle précédent se détache, n'ayant pu accueillir l'éventuel embryon.
Chaque mois donc, l'utérus se contracte et saigne, d'un sang pur incoagulable, rouge pâle le premier jour, puis plus vif avant de redevenir pâle les derniers jours. De petites contractions indolores agitent l'utérus pour permettre au sang de quitter la paroi utérine.
Ce sang qui se détache lentement passe ensuite par le col de l'utérus, ouvert pour lui. Le col, qui est cette zone musculaire permettant la protection des organes internes féminins, s'est ouvert pour permettre le passage de ce sang, dit eau céleste, tant il est magique.
Le col s'est ouvert pour permettre l'écoulement fluide et indolore du sang.
Mais comme le col est ouvert, la femme est fragile. Elle est vulnérable au monde puisque la porte de son intériorité, de son intimité féminine est ouverte. Comme son col est ouvert, elle est comme exposée à l'extérieur, elle doit donc veiller encore plus qu'à l'accoutumée à son bien-être.
La magie du cycle, la magie des règles, lui demande, lui propose, lui permet de prendre soin d'elle, pendant ces quelques jours, ainsi elle ne doit pas laisser les émotions l'abîmer, elle ne doit pas non plus s'exposer au froid, elle doit s'entourer de douceur et de chaleur, elle devra sa faire aider pour ne pas faire d'efforts physiques trop importants ou ne pas porter de charges trop lourdes.
Mais pendant que son utérus saigne, déjà au fin fond des ovaires, une nouvelle organisation se met en place, des centaines de petits follicules s'agitent et grandissent, c'est le début de la phase folliculaire.
Il y a déjà quelques jours, deux messagers sont venus. Ces messagers venaient de très loin,
de la dite hypophyse, une glande située très loin, très haut, au centre du cerveau, quelque part entre les deux yeux. Ces messagers eux-mêmes missionnés en haut lieu par des pulsations hormonales de l'hypothalamus, que sont la LH et la FSH. Ces deux hormones ont parcourues un long chemin : multes vaisseaux sanguin, des grosses artères et des petites artérioles avant de rejoindre leur cible, deux petites amandes nichées dans le périnée de la femme.
Quand elles atteignent l'ovaire, elles déclenchent un signal, et toute une organisation se met alors en place.
Une centaine de petites graines, endormies dans l'ovaire depuis le commencement de la vie in-utero se réveillent. Depuis, des dizaines d'années, elles étaient là dans le lot des 300 000 follicules présent à la naissance, parmi ces follicules qui attendaient l'heure, de s'activer. C'est le moment, la LH et la FSH les ont stimulés alors elles grandissent. Sous l'influence de la FSH, la centaine de follicules se développent, grandissent tous ensemble. Ensemble, ils vont eux-même produire une hormone: l’œstrogène.
Et plus ils grandissent, plus ils fabriquent des œstrogènes. Ces œstrogènes vont
ensuite migrés eux aussi avant d'atteindre leur propre cible : l'utérus et sa dentelle, par exemple.
Pendant ce temps, où tout se déroule harmonieusement, équitablement, un follicule
commence à se distinguer, à se montrer plus fort, plus gros, plus imposant que les autres. Il prend de plus en plus de place, il domine la troupe des autres petits follicules.
Parallèlement, la production d’œstrogène, qui croît toujours, atteint un premier seuil.
En atteignant ce seuil, par un miracle connu des dieux, les œstrogènes vont maintenant rétro-agir sur ces premiers messagers venus de si haut : les hormones hypophysaire en inhibant la FSH. Cette hormone qui avait merveilleusement remplie sa fonction : stimuler et développer une centaine de petits follicules, se trouvent maintenant rejetée, elle diminue progressivement.
N'ayant plus d'engrais, plus personne pour les stimuler, la centaine de petits follicules dégènèrent, laissant seul sur le devant de la scène, le follicule dominant.
Ce follicule indifférent à la barbarie de tout ses petits follicules continue de s'accroître, de
grossir, et donc continue à produire de plus en plus d’œstrogène. C'est alors que la production d’œstrogène atteint un nouveau seuil, et alors qu'au premier seuil elle avait inhibé les hormones hypophysaires, elle va maintenant stimuler la LH qui s'était jusqu'alors fait si discrète augmente en flèche, talonnée dans une moindre mesure de la FSH. Cette augmentation de la LH signe la fin de la phase folliculaire, l'ovulation approche, le follicule dominant va bientôt être expulsé de l'ovaire et devenir un ovule.
N'allons pas trop vite cependant, pendant cette bataille ovarienne, pendant que les hormones jouent des coudes et s'orchestrent avec minutie pour permettre le but final de cette phase qu'est l'ovulation, que c'est il passé dans le reste des organes génitaux?
L'utérus, les trompes et le col se sont-ils reposés, après l'écoulement et les contractions de règles ?
Dans le col utérin, après le passage des menstruations, les parois sont venues s'accoler l'une à l'autre, constituant alors une frontière hermétique entre l'utérus et le vagin.
La femme était infertile, les spermatozoïdes ne pouvant pénétrer dans l'utérus.
Puis sous l'effet des œstrogènes, le col est devenu plus souple, plus haut, et s'est finalement ouvert. Tout en s'ouvrant, le col a libéré à l'aide de petites glandes, une glaire. Cette glaire, dite glaire cervicale, était à l'origine blanche, et épaisse, puis sous l'effet de l'imprégnation hormonale, elle s'est fluidifié, jusqu'à devenir filante, liquide, transparente, comme du blanc d’œuf.
Cette glaire fluide acquiert alors un pouvoir magique, un pouvoir sur les spermatozoïdes. Elles constitue à l'entrée du col de l'utérus, un véritable maillage
permettant la migration des spermatozoïdes vers l'utérus, mais pas n'importe lesquelles elle
sélectionne les plus vigoureux, les plus mobiles d'entre eux, pour leur permettre de franchir le passage du col de l'utérus, même si un long chemin les atteint encore avant de rencontrer l'ovule, qui n'est de toute manière pas encore une ovule, mais un follicule tapi dans la matrice ovarienne.
La glaire a donc un grand rôle dans lé fécondation, mais il faut dévoiler également son talent caché, sa botte secrète, son pouvoir sans lequel point de bébé, sans laquelle il serait impossible aux spermatozoïdes de pénétrer l'ovule : la capacitation. La capacitation, c'est la magie qui se déroule dans cette glaire cervicale, en la traversant les spermatozoïdes deviennent fécondants, ils acquièrent la capacité qui leur permettra une fois près de l'ovule de pénétrer son enveloppe et de mélanger avec elle leur patrimoine génétique.
Dans l'utérus, comme dans les coulisses d'un grand spectacle, tout se met en place, si tôt la
dentelle du cycle passé évacuée, une autre se met en place. Les œstrogènes stimulent la croissance des vaisseaux sanguins de l'endomètre et tout une organisation vasculaire s'installe afin de préparer l'éventuelle nidation. Si l'utérus se vascularise, il continue pour autant à s'agiter, il contracte très doucement son muscle pour permettre cette fois-ci le mouvement ascendant des spermatozoïdes vers les trompes.
Dans les trompes, la même danse, elles se contractent en rythme permettant aux
spermatozoïdes d'aller à la rencontre de l'ovule.
Ovule qui va bientôt apparaître à nos yeux.
En effet, suite à l'augmentation de la LH, rappelez-vous au deuxième seuil des œstrogènes, a provoqué une secousse de l'ovaire, l'ovulation est imminente. Dans les 36 heures, l'ovule va apparaître.
C'est l'heure, le follicule éclate à la paroi de l'ovaire, libérant la petite ovule à sa surface.
Celle-ci dépourvue de l’enveloppe de son follicule, ne pourra survivre que 24heures si un
spermatozoïde ne vient pas à sa rencontre.
Aussitôt libérée dans l'espace autour de l'ovaire, l'ovule est captée, comme absorbée par les grandes franges de la trompe, qu se penche vers elle. La trompe recueille l'ovule en son sein, en l'entourant d'un mucus, qui la conduit dans ce fin tube flexible et
mobile pour un long chemin avant d'atteindre l'utérus.
Si la fécondation a lieu, si le spermatozoïde a réussi à rencontrer l'ovule qui n'est encore
qu'au tout début de son chemin tubaire, alors ensemble, ils formeront un œuf qui rapidement se divisera en 2 puis 4 puis 8 puis 16 et ainsi de suite, toutes ces cellules formant ensemble une jolie petite mûre en arrivant dans l'utérus 5 jours plus tard.
Elle prendra encore le temps de se nicher dans la paroi utérine préparée à son attention, comme un joli cocon. Un cocon protecteur et nutritif, qu'elle ne quittera plus pendant 9 mois.
Cela est si beau, que nous allons vite, trop vite, que s'est-il passé, là-haut, plus haut, dans la petite amande, dans le berceau de cette ovule.
Dans l'ovaire, sitôt l'ovule partie, l'enveloppe restante s'est transformée en corps jaune.
C'est l'entrée dans la phase lutéale du cycle. Si les œstrogènes sécrétés par les follicules ont
marquées la première partie de ce cycle, c'est maintenant le temps pour la progestérone de monter sur scène.
Dans l'ovaire, le corps jaune a déjà commencé à produire cette hormone, la progestérone,
provoquant ainsi un pic de température dans tous le corps de la femme.
La progestérone et comme l’œstrogène à son premier seuil, elle inhibe les messagers du
cerveau, ces messagers la LH et la FSH, qui ne peuvent alors plus agir sur l'ovaire.
Dans l'ovaire, c'est une phase de calme, une phase où seul le corps jaune subsiste et secrète
de plus en plus de progestérone.
Or la progestérone, comme l’œstrogène en son temps, va stimuler l'utérus mais cette fois-ci
alors qu'à ce stade la dentelle est parfaitement développée, bien vascularisée, épaissie, la
progestérone va permettre de l'enrichir, de la rendre plus accueillante, en lui apportant des nutriments, et toutes les denrées nécessaires au bon accueil de l'éventuel petite mûre.
Si elle nourrit l'utérus, elle stoppe aussi le passage des spermatozoïdes, l'heure n'est plus à la fécondation, les jeux sont déjà joués. Il serait déjà beaucoup trop tard pour qu'un spermatozoïde n'est le temps d'aller à la rencontre de l'ovule, qui est sans doute soit déjà fécondée donc transformée en œuf, soit déjà périmée, ses heures de vies étant comptées.
Donc il n'y a plus besoin des spermatozoïdes, la porte se ferme, le col se clôt, la glaire redevient épaisse, infertile et imperméables aux spermatozoïdes.
C'est alors l'attente l'ovule a t'elle été fécondée, la petite mûre va t'elle bientôt surgir de la
trompe, dans l'utérus: on attend. Tout est prêt, l'endomètre est richement vascularisée, accueillant et enrichi en nutriment. Tous les possibles sont là. Le miracle de la vie aura t'il lieu...
L'attente a cependant ses limites, et au bout de quelques jours, les messagers hypophysaire vont à nouveau jouer leur rôle. Inhibés par la progestérone du corps jaune depuis plus d'une semaine maintenant, leur taux diminuent inexorablement, jusqu'à atteindre un minimum, qui provoque dans l'ovaire, la chute du corps jaune.
Il n'y a plus assez de LH ni de FSH dans le corps pour maintenir en place le corps jaune qui dégénère, ne produisant plus de progestérone.
La chute de la progestérone signe la fin du cycle, le corps sait alors qu'il n'y a plus de
possibilités pour un œuf de se nider. La dentelle utérine sous l'action des contractions utérine se détache, ce sont les menstruations qui reviennent.
Et si le miracle avait eu lieu, si le spermatozoïde et l'ovule s'était rencontrée, s'était
parfaitement mélangée l'un à l'autre, si l’œuf avait pu migré dans la trompe aidé par le mucus nutritif des trompes, et son rythme continue des contractions, si l’œuf s'était paisiblement niché dans la paroi utérine, alors...
Alors l’œuf dit embryon aurait synthétisé un nouveau messager la HCG qui se répendant
dans l'organisme, aurait à son tour atteint la petite amande qu'est l'ovaire, pour la stimuler en remplacement des messagers hypophysaires et permettre le maintien su corps jaune et donc de la production de progestérone.
Et là c'est une nouvelle histoire qui commence...
Cette histoire contée par la femme de notre histoire est magique en bien des sens, mais sa
magie suprême, n'est-elle pas que cette histoire se répète en chaque femme, depuis des générations, et des générations...
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